Aux origines du punk-rock Chinois : en guerre contre la propagande

La musique rock a pris son envol en Chine en 1979. Restée emblématique des luttes contre la répression politique lors des manifestations de Tian’anmen, ses revendications se sont ensuite affaiblies dans le courant des années 90. Mais elles ont été peu à peu relayées par l’essor du punk et du métal, qui subissent toujours la censure du régime.

Le rock émerge lentement en Chine dans le courant de ses grandes réformes économiques un peu avant le début des années 1980, après la mort de Mao Tsé-Toung et la fin officielle de la Révolution culturelle.

On estime qu’il naît précisément en 1979, avec la constitution du premier groupe Wan Li Ma Wang : des étudiants en langues étrangères qui ont repris des chansons des Beatles ou des Bee Gees. Le dirigeant Deng Xiaoping avait amorcé une légère politique d’ouverture et il avait autorisé quelques jeunes artistes à se produire publiquement.

C’est principalement à Pékin, la ville chinoise la moins fermée aux influences étrangères, que les jeunes générations commencèrent à composer ; en pleine désillusion, frustrées par le régime et aspirant à l’individualisme. Le style du « Vent du nord-ouest » apparut. Un style qui mêlait les instruments traditionnels chinois aux techniques du rock occidental.

Le pionnier le plus important du rock chinois est certainement Cui Jian qui publia en 1984 sa première cassette audio Lang Zi Gui : « Le retour du vagabond ». Il était influencé par des groupes anglo-saxons – Led Zeppelin, Pink Floyd, Guns N’ Roses, par exemple – dont les disques s’échangeaient sous le manteau.

Le rock connaît une période de répression politique intense lors des révoltes à Pékin en juin 89.  Le morceau Yi wu suo you – traduit “Nothing to my name”, « Je n’ai rien » – composé par Cui Jian en 1986, est alors devenu un hymne de la jeunesse pendant les mouvements contestataires sur la place Tian’anmen.

« Je ne possède rien »
Je veux te donner mes rêves, je veux te donner ma liberté,
Mais tu me ris toujours au nez, je ne possède rien
Oh, quand viendras-tu avec moi ? » (Cui Jian, “Nothing to my name”)

Cui Jian – « Greenhouse Girl »

tienanmen-1989-image-yotube

Les concerts undergrounds de jeunes musiciens étaient très risqués. Ils étaient pourchassés ou forcés de demeurer dans l’ombre, interdits de se produire en public. La distribution de la musique était confidentielle. Les vinyles étaient notamment troués par la censure.

Le pouvoir se méfiait des nouvelles influences musicales et il mit en avant la « canto-pop » – souvent surnommée « Gang-tai pop » – une pop sans vigueur ni revendications, qui restait compatible avec l’idéologie du Parti communiste.

Les groupes rock très populaires qui subissaient constamment la répression ont dû attendre jusqu’en 1990 pour pouvoir se produire pour la première fois lors du premier « Festival de Musique Moderne », à Pékin, qui a rassemblé environ 18.000 personnes.

Black Panther – « Shameful »

Black Panther (« Hei Bao ») est un des premiers groupes chinois de Hard-Rock et de Heavy Metal. Il a vu le jour en 1987 à Beijing et devint célèbre au tout début des années 90.

Le groupe Tomahawk a rapidement adopté un style Thrash-Metal moderne.

Les prémices du punk

A partir du milieu des années 90, des disques rapportés de l’Occident, ou souvent envoyés en Chine pour y être recyclés, eurent une influence décisive sur les jeunes générations. Elles découvrirent le style punk et quelques groupes se sont formés. Les CD’s étaient pour la plupart cassés sur le bord supérieur par les autorités pour empêcher leur écoute. Ils étaient pourtant revendus au marché noir, car il n’était pas totalement impossible de les lire.

Dans un contexte social où les inégalités sociales grandissaient, de plus en plus de jeunes Chinois – souvent pauvres, déscolarisés, vivants en squats – se prirent d’admiration pour les chansons étrangères et leurs textes révoltés pour la liberté d’expression.

« Putain ! Ne pense pas que je suis en train de rigoler. S’ils sont malades ils peuvent se payer le meilleur docteur. Moi je traîne dans la rue à fumer des mégots de cigarettes. Moi je n’ai qu’à attendre la mort chez moi »  – Groupe Reflector, « Ce que j’ai envie de dire »

Resté emblématique de cette période, l’album de 1999 « L’armée de l’ennui » (« Wuliao Jundui »), a réuni les chansons de quatre groupes de punk : Reflector, Brain Failure, 69, et Anarchy Jerks (aujourd’hui Anarchy Boys). La chanson de Reflector « Wo xiang shuo de hua » (« Ce que j’ai envie de dire ») s’attaque à la politique du gouvernement Chinois, pour avoir condamné une grande partie de la jeunesse au chômage, à la misère et à la prostitution.

Ce n’est qu’à partir des années 2000, avec la multiplication des concerts et la médiatisation, que les artistes punk vont parvenir à ralentir le nombre d’interventions de la police, sans toutefois s’émanciper des mainmises de l’Etat. Plusieurs groupes obtinrent l’autorisation de se produire à l’étranger.

Beijing Punk par Shaun Jefford

En 2008, l’Australien Shaun Jefford s’est plongé dans le quotidien des groupes de punks émergents en Chine dans son documentaire Beijing Punk, Un documentaire qui dénonce à travers la musique le manque de liberté. Sélectionné lors de festivals internationaux, finaliste du Zurich Film Festival en 2010, sa diffusion sur le web chinois n’a pas été autorisée.

« Face à la marchandisation de la culture rock au milieu des années 1990, et la disparition de la contestation politique dans les chansons rocks, le punk est apparu comme un exutoire pour toute une génération de jeunes Chinois, qui n’ont pas connu les mouvements protestataires dans les années 1980 mais qui font preuve d’un esprit critique », souligne Nathanael Amar, dans son article Une histoire politique du punk-rock chinois.

« De l’insatisfaction personnelle, le punk est peu à peu devenu un véritable vecteur de contestation globale ». « Si la censure gouvernementale est toujours présente (…), le punk est également menacé par la reprise en main par le marché de certains groupes, qui à l’instar de Reflector, ont abandonné la critique sociale pour atteindre un public plus large. »

Le goupe punk Demerit, dans son morceau « Voice of the People », dénonce les mensonges de la propagande gouvernementale.

Brain Failure a produit un disque en anglais « American Dreamer » en 2005

SMZB a notamment rencontré un vif succès en 2007 pour « Tour for Freedom »

Jean-Eudes Nouaille-Degorce

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